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En marge du PCDR de Saint-Hubert : l'énigmatique dom Nicolas Spirlet, pionnier du développement rural PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Léon François   
Dimanche, 04 Janvier 2009 19:12

spirletNotre propos n’est pas aujourd’hui d’évoquer l’homme d’Église ou de Cour, cet abbé religieux ou politicien, parfois contestataire, souvent contesté et mal aimé, longuement étudié par le Doyen M. Dessoy, P.P.Dupont, R. Evrard, A. Delvaux de Fenffe et bien d’autres, mais de nous attarder dans cette « Terre de Saint-Hubert » à un aspect particulier de ses préoccupations et activités matérielles : le développement rural de ce maître des forges et de l’eau.

Né à Verviers en 1715, prêtre en 1738, « cet homme d’esprit, d’astuce, de conduite et de vertu pas si commune » (dira le nonce de Cologne) devient abbé de Saint-Hubert en 1760, dans une période particulièrement troublée. Les idées se bousculent, l’Eglise vacille, et « les Lumières » proposent le substitut de la raison et du progrès, auxquels le nouvel abbé n’est pas insensible. Il offre ainsi à l’imprimeur P. Rousseau établi à Bouillon, un emplacement éventuel pour une fabrique de pâte à papier et lui commande des livres censurés.

Les difficultés politiques récurrentes de Saint-Hubert sont connues : enjeu important entre l’Autriche et la France, polémique du Chemin Neuf, intrigues permanentes de Liège. Tout cela rend malaisée la gestion de l’abbaye, mais, « intra muros » aussi, la contestation s’amplifie : Coster, Jehin, Colle, et en 1764 d’autres religieux fugitifs rebelles vont défrayer la chronique dans l’affaire des prieurés français. Les difficultés économiques aussi s’accumulent et pourrissent l’atmosphère : situation financière interne, crise disciplinaire permanente… Mais revenons à N. Spirlet, pour rappeler avec M. Dessoy, son œuvre dans la vallée de Poix. En effet : « Qui se douterait à suivre le petit ruisseau qui s’en va de Saint-Hubert à Poix, que la vallée qu’il arrose (si peu !) fut au temps de dom Spirlet le siège d’une grande activité industrielle, génératrice de nombreux emplois ? À peine sorti du bois, le Nareday alimentait la potasserie du parc, la tannerie de la place du Fays (et ses 40 fosses), le moulin et la brasserie du monastère, le moulin neuf (d’en-bas), la petite forge et la scierie (d’une capacité en 1770 de 3 à 4000 pieds de planches par jour), la grande forge et, enfin, la fenderie avant de se joindre à la Lomme. Telle fut l’œuvre de dom Spirlet dans la vallée. » Il remarque avec justesse, que le réseau hydraulique des biefs et des étangs de retenue est agencé pour récupérer au maximum la force motrice de l’eau : l’énergie renouvelable hydraulique. Un relevé de 1771 mentionne dans la vallée, deux platineries et un maka, quatre boutiques de poêliers et une fenderie de 92 pieds de longueur. Ajoutons-y un moulin à tan et une foulerie. Cet ensemble constitue un des fleurons du patrimoine d’archéologie industrielle locale et un atout touristique majeur de la région.

Pour alimenter ses forges, il décide de la construction du fourneau de la Masblette, dont la mise à feu se fait en novembre 71. A nouveau, le site est très bien choisi : mines à proximité, bois surabondant, relief adapté pour l’eau et l’approvisionnement du minerai, des fondants et du charbon de bois. Les gens de la région vont y trouver leur gagne-pain, comme voituriers, forgerons, bucherons… Il établit en outre, des entrepôts dans les villages, envoie des représentants à l’étranger (Amérique), profitant de la guerre et des prix élevés du fer. Il achète le fourneau du Chatelet (Habay) et y ajoute un 2e fourneau, mais dès 1781, la récession frappe la métallurgie, qui périclite et sonne le glas des activités du monastère. Mal inspiré ou conseillé, surtout dans la fabrication des canons, il accumule les soucis au Fourneau Saint-Michel : choix des mines, compositions des alliages (fonte grise ou blanche), incompétence des ouvriers, insolvabilité des acheteurs, et c’est l’échec !
Les fermes réussissent un peu mieux. À Bure, Marloie, Bonnerue ou Séviscourt, il améliore les méthodes de culture et d’amendement des sols, perfectionne l’élevage des bœufs (bouverie de Chermont), des chevaux (haras rue Lafontaine) et surtout des moutons (350 à Hatrival), dont la laine et la viande feront l’objet d’un excellent commerce dans les Pays Bas Autrichiens. N’est-on pas de plein pied dans le développement rural ?

Dans le cadre du développement durable, les forêts, constituant la richesse principale de l’abbaye de Saint-Hubert, seront intelligemment exploitées par ses multiples scieries à haut fer pour le bois d’œuvre et à débiter, le charbon de bois pour les fourneaux, le bois de chauffage, le bois mort ou pourri pour les fabriques de potasse. Le « week-end du bois », qui a pour objectif de mettre en évidence toute la richesse économique, sociale et environnementale de la forêt, pourrait s’inspirer de cette époque pour y découvrir une palette d’animations  intéressantes. On peut citer d’autres activités industrielles, les tanneries de Saint-Hubert, les ardoisières de Bertrix ou Herbeumont, les carrières, l’eau forte (acide nitrique) à Remagne, mais aussi les constructions ou restaurations d’églises ou de cures, de granges ou de moulins, en un mot, le réseau serré du patrimoine religieux et rural.

On pourrait aussi ajouter les projets de dom Spirlet en fait de routes et d’axes d’échanges commerciaux, un réservoir d’idées pour une mobilité alternative redécouverte en exploitant les anciennes cartes des archives. Un domaine particulier concerne la formation et l’éducation de la jeunesse. Dès 1773, il veut former un collège d’humanités qui sera en route avec une trentaine d’élèves(150 en 1777) et se tiendra un certain temps à l’emplacement actuel du monument Redouté. Comme l’abbaye, le collège disparut à la révolution. Saint-Hubert est resté une ville d’écoles où se tissent les liens intergénérationnels et le dialogue entre les villages et leurs populations. Sans tomber dans la caricature, le rôle social de l’abbaye à l’époque reste aussi à souligner : hôpital, accueil des indigents et bien sûr, point d’arrivée des divers pèlerinages (croix banales, Andenne, Allemands) reçus au monastère, mais aussi dans les auberges locales et les marchés.

Il reste peut-être à mentionner le patrimoine immatériel de l’histoire, de la culture et des légendes liées au culte de Saint- Hubert, qui ont traversé les siècles et font encore aujourd’hui l’objet de nombreuses expositions ou publications et d’un cortège historique particulièrement apprécié qui crée une identité du terroir. Cette notoriété internationale, fruit d’une longue tradition, héritée de l’époque, rejaillit aujourd’hui sur le tourisme et crée ce sentiment d’appartenance locale, fierté de Saint-Hubert et de ses villages, surtout en ces premiers jours de novembre.

Personnalité passionnante à des titres divers, véritable alchimiste du développement rural, le dernier abbé, âgé de 80 ans est mort à Montjoie (au pays de Juliers) le 16 septembre 1794.

D’après les tomes I à XI des Cahiers d’Histoire

Commentaires (1)Add Comment
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Par Baron de Broich, 05 août 2009
Dom Nicolas Spirlet est baptisé à Verviers le 25 février 1713 prénommé Jean Nicolas comme cinquième enfant de Nicolas Spirlet et Jeanne Doutreloux.

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Mise à jour le Samedi, 31 Janvier 2009 09:04
 
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